Bases de vie (basecamp) sur la Race Across : comprendre le cœur de la semi-autonomie en cyclisme ultra-distance
Moment de vie sur la base de vie de Gueugnon - RAF 2024 - photo @jenniferNguyen
En ultra-cyclisme, la performance ne se joue pas uniquement sur le vélo. Elle se construit aussi — et surtout — dans les moments de pause. Sur les épreuves de la Race Across Series, ces temps clés prennent place dans des lieux bien spécifiques : les bases de vie, aussi appelées basecamps.
Souvent idéalisées ou parfois mal comprises, les bases de vie sont pourtant un pilier fondamental du format semi-autonome proposé sur nos épreuves. Elles incarnent l’équilibre entre aventure, sécurité et engagement personnel. Selon le format de l’événement, leur rôle et leur implantation diffèrent. Mais leur objectif reste toujours le même :
👉 vous permettre de récupérer et repartir dans les meilleures conditions, dans le respect du principe de semi-autonomie.
Mais concrètement, à quoi servent les bases de vie sur la Race Across ? Que peut-on y faire ? Et surtout, que ne doit-on pas en attendre ? Existe il une différence sur les bases de vie des événements compact ou en itinérance?
Deux formats, deux logiques de bases de vie
1. Les bases de vie sur les événements compacts
Sur les événements compacts (Race Across Paris, Race Across Portugal par exemple), le parcours est organisé en boucles autour d’un point central unique. Ici, il n’existe qu’une seule base de vie, véritable cœur de l’aventure.
Cette base de vie centrale concentre l’ensemble des services et des moments clés de l’épreuve :
point d’accueil des participants
zone de départ
zone d’arrivée
ravitaillement
douches et sanitaires
espaces de repos
assistance autorisée
Tout se passe au même endroit, du premier briefing jusqu’à la ligne d’arrivée. Les participants y repassent plusieurs fois au fil des boucles, ce qui en fait un véritable camp de base, vivant et animé.
C’est un format idéal pour :
garder une forte dynamique collective
faciliter la logistique
offrir une lecture claire de l’effort et de la progression
2. Les bases de vie sur les événements itinérants
Sur les événements itinérants — comme la Race Across France ou la Race Across Québec — la logique est totalement différente.
Les bases de vie sont ici :
disséminées sur l’ensemble du parcours
placées à des points stratégiques
pensées comme des zones de respiration au cœur d’un effort long
Elles ne sont pas obligatoires, mais deviennent souvent… salvatrices.
Chaque participant reste libre de :
s’y arrêter ou non
gérer son temps de repos
adapter sa stratégie selon son état physique et mental
Dans ce format, la base de vie n’est pas un point de rassemblement permanent, mais un repère rassurant, parfois attendu depuis des dizaines (ou centaines) de kilomètres.
Sur les événements itinérants, les bases de vie jouent aussi un rôle essentiel dans la gestion de votre logistique personnelle, notamment grâce au système de sacs de délestage (drop bags).
Sur les longues distances — 2500 km et 1000 km — plusieurs points de drop bag sont prévus le long du parcours. Ils vous permettent de :
déposer à l’avance des vêtements de rechange
prévoir du matériel spécifique (nuit, pluie, froid, chaleur)
renouveler certains équipements
anticiper l’évolution de votre effort et des conditions rencontrées
Ces sacs sont accessibles uniquement sur certaines bases de vie, soigneusement positionnées à des moments clés de la course.Ils offrent une vraie opportunité de réorganiser son matériel, sans pour autant remettre en cause le principe de semi-autonomie.
Vélo participant sur une base de vie itinérante de la RAF - photo: @jenniferNguyen
Un principe commun : la semi-autonomie
Quel que soit le format, une règle s’applique à toutes les courses Race Across : L’assistance personnelle est autorisée uniquement sur les bases de vie.
Un exemple concret sur le terrain
Lors de la Race Across France 2024, un participant a rencontré un problème mécanique important sur son vélo à l’approche d’une base de vie.
Plutôt que de perdre un temps précieux ou de repartir fatigué, il a fait appel à des connaissances présentes sur la base de vie pour l’aider à effectuer la réparation. Pendant que le vélo était pris en charge, le participant a pu se reposer, manger et récupérer.
Une fois la réparation terminée, il est reparti avec un vélo fonctionnel et un esprit plus clair.
👉 Cet exemple illustre parfaitement l’esprit des bases de vie sur les formats itinérants :
l’assistance est autorisée, mais encadrée
la base de vie devient un outil d’optimisation, pas un raccourci
chacun reste maître de sa stratégie et de ses choix
Utilisées intelligemment, les bases de vie permettent de gagner en lucidité et en sécurité, sans jamais dénaturer l’engagement personnel propre à l’ultra-distance.
Atelier réparation sur la base de vie d’Anglet sur la RAF 2024 - photo: @jennifernguyen
En dehors de ces zones :
aucune aide extérieure personnalisée n’est permise
chaque participant évolue en autonomie complète
Les bases de vie deviennent donc les seuls espaces où l’on peut retrouver un proche, un soutien ou un coéquipier, dans un cadre équitable pour tous.
Cette philosophie est au cœur de l’ADN Race Across et permet de préserver :
l’esprit d’aventure
l’engagement personnel
l’égalité entre participants
Ce que vous trouverez sur une base de vie
Les bases de vie ne sont ni des hôtels, ni des zones de confort prolongé. On y souffle, on échange, on se réorganise… puis on repart.
Sur place, l’essentiel est réuni pour faire face aux moments de fatigue :
Les sacs de délestage sur la RAF -
Ravitaillement nourriture 🍌🥪
Station de réparation vélo 🔧🚴 (seulement certains événements)
Zone de repos (lits de camp) ⛺️🛌
⚠️ Nb limitéPoste de soins médicaux 🏥 (seulement certains événements)
Toilettes & douches 🚿🚽
Stand information & orientation ℹ️🗺️
Zone de charge électronique 🔌📱
Bike park 🚴♂️🅿️
Tout est pensé pour récupérer efficacement, sans jamais basculer dans le confort excessif.
La base de vie n’est pas un hôtel : un point clé à intégrer dans votre stratégie
C’est un point essentiel à bien comprendre avant de prendre le départ : une base de vie n’est pas un hôtel.
Sur certaines épreuves — notamment à Paris — près de 700 participants évoluent sur le même événement. Il est donc impossible d’imaginer un confort individuel équivalent à celui d’un hébergement classique.
Les bases de vie ne sont pas conçues pour accueillir tout le monde en même temps, ni pour permettre à chacun de dormir longuement dans des conditions optimales.
Les espaces de repos existent, mais ils sont limités et pensés pour des pauses courtes, ciblées et efficaces.
Construire toute sa stratégie autour de la base de vie est une erreur classique.
En ultra-distance, il est indispensable de :
anticiper ses temps de repos
prévoir des alternatives (micro-siestes, gestion du sommeil en amont, stratégie personnelle)
rester flexible selon l’affluence et son propre état physique
La base de vie doit être vue comme :
un outil
une opportunité
un filet de sécurité
… mais jamais comme une garantie de confort ou de disponibilité.
Sur la Race Across, l’expérience repose sur la semi-autonomie : cela implique d’accepter l’incertitude, d’adapter sa stratégie en temps réel, et de faire des choix — parfois inconfortables — qui font partie intégrante du défi.
Anticiper ces réalités, c’est non seulement mieux performer, mais surtout mieux vivre son aventure.
Les bases de vie, reflet de l’esprit Race Across
Qu’elles soient centrales ou disséminées sur le parcours, les bases de vie incarnent l’essence même de la Race Across :
une aventure exigeante
une organisation pensée pour la sécurité
un cadre clair, mais jamais aseptisé
une expérience profondément humaine
Ce sont souvent des lieux de regards fatigués, de silences, de conseils échangés, d’encouragements discrets… avant de repartir, seul face à la route.
Le conseil d’Arnaud, fondateur de la Race Across
« Une base de vie, ce n’est pas un endroit où l’on s’installe. C’est un endroit où l’on se recentre. Prenez ce dont vous avez besoin, écoutez-vous, puis repartez. La course continue toujours un peu plus loin que la base de vie… et c’est là que l’aventure commence vraiment. »
— Arnaud Manzanini
Sur la Race Across, on ne cherche pas le confort parfait. On cherche le bon équilibre entre lucidité, engagement et plaisir d’aller au bout.
Anticipez, adaptez-vous, et faites confiance à votre capacité à avancer — la base de vie sera là pour vous aider… pas pour décider à votre place.
Participant en repos sur une des bases de vie de la RAF 2025 - photo: @jennifernguyen